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Palme

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De sa grâce redoutable
Voilant à pein l’éclat,
Un ange met sur ma table
Le pain tendre, le lait plat;
Il me fait de la paupière
Le signe d’une prière
Qui parle à ma vision:
--Calme, calme, reste calme!
Connais les poids d’une palme
Portant sa profusion!

Pour autant qu’elle se plie
À l’abondance des biens,
Sa figure est accomplice,
Ses fruits lourds sont ses liens.
Admire comme elle vibre,
Et comme une lente fibre
Qui divise le moment,
Départage sans mystère
L’attirance de la terre
Et le poids du firmament!

Ce bel arbitre mobile
Entre l’ombre et le soleil,
Simule d’une sibylle
La sagesse et le sommeil.
Autour d’une même place
L’ample palme ne se lasse
Des appels ni des adieux…
Qu’elle est noble, qu’elle est tendre!
Qu’elle est digne de s’attendre
À la seule main des dieux!

L’or léger qu’elle murmure
Sonne au simple doigt de l’air,
Et d’une soyeuse armure
Charge l’âme du desert.
Une voix impérissable
Qu’elle rend au vent de sable
Qui l’arrose de ses grains,
À soi-même sert d’oracle,
Et se flatte du miracle
Que se chantent les chagrins.

Cependant qu’elle s’ignore
Entre le sable et le ciel,
Chaque jour qui luit encore
Lui compose un peu de miel.
Sa douceur est mesurée
Par la divine durée
Qui ne compte pas les jours,
Mais bien qui les dissimule
Dans un suc où s’accumule
Tout l’arôme des amours.

Parfois si l’on désespère,
Si l’adorable rigueur
Malgré tes larmes n’opère
Que sous ombre de langueur,
N’accuse pas d’être avare
Une Sage qui prépare
Tant d’or et d’autorité:
Par la sève solennelle
Une espèrance éternelle
Monte à la maturité!

Ces jours qui te semblent vides
Et perdus pour l’univers 
Ont des racine avides
Qui travaillent les déserts.
La substance chevelue
Par les ténèbres élue
Ne peut s’arrêter jamais,
Jusqu’aux entrailles du monde,
De poursuivre l’eau profonde
Que demandent les sommets.

Patience, patience, 
Patience dans l’azur!
Chaque atome de silence
Est la chance d’un fruit mûr!
Viendra l’heureuse surprise:
Une colombe, la brise,
L’ébranlement le plus doux,
Une femme qui s’appuie,
Feront tomber cette pluie
Où l’on se jette à genoux!

Qu’un peuple à present s’écroule,
Palme!...irrésistiblement!
Dans la poudre qu’il se roule
Sur les fruits du firmament!
Tu n’as pas perdu ces heures
Si légère tu demeures
Après ces beaux abandons;
Pareille à celui qui pense
Et dont l’âme se dépense
À s’accroître de ses dons!





Veiling, barely, his dread
Beauty and its blaze,
An angel sets warm bread
And cool milk at my place.
His eyelids make the sign
Of prayer; I lower mine,
Words interleaving vision:
--Calm, calm, be ever calm!
Feel the whole weight a palm
Bears upright in profusion.

However its boughs yield
Beneath abundance, it
Is formally fulfilled
In bondage to thick fruit.
Wonder and see it grow!
One fiber, vibrant, slow,
Cleaving the hour fanwise,
Becomes a golden rule
To tell apart the earth's pull
From heaven's gravities.

Svelte arbiter between 
The shadow and the sun,
It takes much sibylline 
Somnolent wisdom on.
Unstintingly to suffer
Hails and farewells, forever
Standing where it must stand...
How noble and how tender,
How worthy of surrender
To none but a god's hand!

The lightest gold-leaf murmur
Rings at a flick of air,
Invests with silken armor
The very desert. Here
This tree's undying voice
Upraised in the wind's hiss,
As fine sand sprays and stings,
To its own self is oracle
Complacent of the miracle
Whereby misfortune sings.

Held in an artless dream
Between blue sky and dune,
Secreting, dram by dram
The honey of each noon,
What is this delectation
If not divine duration
That, without keeping time,
Can alter it, seduce
Into a steady juice
Love's volatile perfume?

At moments one despairs.
Should the adored duress
Ordain, despite your tears,
A spell of fruitlessness,
Do not call Wisdom cold
Who readies so much gold,
So much authority:
Rising in solemn pith
A green, eternal myth
Reaches maturity.

These days which, like yourself,
Seem empty and effaced
Have avid roots that delve
To work deep within the waste.
Their shaggy systems, fed
Where shade confers with shade,
Can never cease or tire,
At the world's heart are found
Still tracking that profound
Water the heights require.

Patience and still patience,
Patience within the blue!
Each atom of the silence
Knows what it ripens to.
The happy shock will come:
A dove alighting, some 
Gentlest nudge, the breeze,
A woman's touch--before
You know it, the downpour
Has brought you to your knees!

Let populations be
Crumbled underfoot--
Palm, irresistibly--
Among celestial fruit!
Those hours were not in vain
So long as you retain
A lightness once they're lost;
Like one who, thinking, spends
His inmost dividends
To grow at any cost.

(Trans. James Merrill)
Created by guccipiggy
Last modified 2005-03-17 09:04 PM
 

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